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Redoutée ou attendue, la rentrée scolaire reste un évènement qu’il est difficile d’ignorer en France tant elle concerne un grand nombre de personnes. Elle est de plus cette année marquée par la généralisation de la réforme des rythmes scolaires.
Lundi 1er septembre, près de 850 000 enseignants vont retrouver le chemin de leur école, leur collège ou leur lycée, suivis le lendemain par environ 12 300 000 élèves. Et ces chiffres, déjà impressionnants, n’incluent pas tous les salariés non enseignants qui feront également leur rentrée : Atsems, animateurs, cuisiniers, agents de surveillance, laborantins ou encore personnels administratifs… Leur présence auprès des élèves est tout aussi indispensable au bon fonctionnement de cette vaste machinerie.
Passage à la semaine de quatre jours et demi
Mardi 2 septembre, l’ensemble des élèves vont donc non seulement se retrouver devant un enseignant, mais auront aussi la possibilité de manger à la cantine, de participer à des ateliers et, pour les plus jeunes, de bénéficier d’une garderie le matin et le soir. « Comme chaque année, à part quelques couacs ici ou là, la rentrée devrait bien se passer, sourit Frédéric Sève, secrétaire général du Sgen-CFDTQuoi qu’on en dise, l’organisation est bien huilée. »
 
     

L’école privée à part
Si étonnant que cela puisse paraître, les écoles privées sous contrat ne sont pas tenues d’adopter la semaine de quatre jours et demi. Seule une part infime des établissements ont d’ailleurs décidé d’adopter le nouveau dispositif cette année. « Alors que nous étions favorables à un alignement des obligations du privé sur celles du public et que nous avions beaucoup travaillé sur la mise en place de ces nouveaux rythmes dans l’intérêt des élèves, le gouvernement ne nous a pas suivis », regrette Francis Moreau, de la Fédération de l’enseignement privé-CFDT (Fep). Plus globalement, la Fep-CFDT regrette d’avoir toujours autant de difficultés à être reconnue par l’Éducation nationale comme un partenaire social à part entière, alors que l’enseignement privé accueille 20 % des élèves en France et que les enseignants qui y travaillent sont payés par l’État.
     
Du côté des mairies, on n’affiche pas la même sérénité, car pour la grande majorité d’entre elles, cette rentrée est avant tout synonyme de nouveaux rythmes scolaires. En 2013, seules 4 000 communes ou intercommunalités sont passées à la semaine de quatre jours et demi, ce qui correspond à 22 % des enfants des écoles publiques. Cette fois-ci, seuls les élèves scolarisés dans le privé pourront continuer la semaine de quatre jours. Les maires ne pourront plus déroger à la loi, et leur inquiétude est à la hauteur de la complexité de ce dossier qui réinterroge toute l’organisation de l’école tout en bousculant les habitudes des professionnels et des familles. L’expérience des villes qui ont basculé dès 2013 montre bien la difficulté de la tâche, même lorsque l’ensemble des acteurs est de bonne volonté. « C’est compliqué, très compliqué ! » Secrétaire de section CFDT à la mairie d’Angers, Isabelle Boursin peut en témoigner. « Sur le principe, tout le monde était d’accord pour mieux répartir le temps d’apprentissage des enfants. C’est quand on est passé à la pratique que les difficultés sont apparues. Les enseignants n’ont pas le même avis que les agents municipaux, qui n’ont pas forcément le même avis que les associations amenées à intervenir sur le temps périscolaire. Quant aux parents, ils ont encore un autre point de vue. »
 
Pendant une année, la section s’est efforcée d’adopter une attitude constructive en organisant des tournées dans les écoles pour soutenir les personnels et faire remonter les difficultés et les besoins. Parallèlement, un groupe de travail interprofessionnel s’est réuni à l’union départementale qui associait les quatre fédérations CFDT concernées : le Sgen (enseignement public), la Fep (enseignement privé)Interco (collectivités locales) et la F3C (animation). « Un travail passionnant, qui a permis de mieux comprendre le point de vue de chacun. »
La rentrée 2014 du côté d’Angers devrait donc être un peu plus tranquille après une année 2013 épuisante pour le personnel, qui a parfois eu le sentiment d’« essuyer les plâtres ». À la grande satisfaction de la CFDT, la mairie a notamment modifié l’organisation mise en place pour les élèves de maternelle, qui n’était clairement pas adaptée. « Notre priorité est à présent de travailler sur la “déprécarisation” des personnels qui interviennent auprès des enfants, souligne Isabelle. Nous devons passer d’un dispositif expérimental à une organisation pérenne qui propose de bonnes conditions de travail pour tous. »
Un dialogue qui s’impose plus que jamais
L’exemple d’Angers montre à quel point une telle réorganisation nécessite un très fort dialogue entre tous les acteurs qui interviennent auprès des enfants. « Un des points faibles de cette réforme est qu’elle a été pilotée par l’Éducation nationale alors qu’elle concernait un public beaucoup plus large, souligne Christine Marchetti, secrétaire nationale à la Fédération Interco, d’où le mécontentement d’une partie du personnel municipal et des familles. »
     

Un dialogue social de proximité pour sortir de l’impasse
La réforme des rythmes scolaires est un cas d’école pour une organisation confédérale comme la CFDT, qui sait dépasser les revendications corporatistes pour construire une revendication interprofessionnelle. Le 5 décembre 2013, alors que le débat autour de la réforme faisait rage, notamment à l’approche des élections municipales, la CFDT a ainsi publié une tribune dans Les Échos,cosignée par les secrétaires généraux du Sgen, de la F3C, d’Interco et de la Fep. Un texte « coup de gueule » dans lequel ils réaffirmaient d’une seule voix leur attachement à la réforme des rythmes scolaires tout en fustigeant l’incapacité française à construire un dialogue social de qualité.
     
« Nous n’avons pas été écoutés », renchérit Brigitte Kerninon, secrétaire de la section CFDT de Quimper, en colère à cause de la manière dont cette réforme s’est mise en place dans sa commune. « Le climat s’améliore, le personnel enseignant et non enseignant commence à se parler, mais des propos très durs ont été tenus. Et je ne suis pas sûre que ce soit l’intérêt de l’enfant qui a prévalu in fine. Quand on voit que des villes comme Lyon ou Marseille ont obtenu que les enfants n’aient pas classe le vendredi après-midi, peut-on encore parler d’une amélioration des rythmes scolaires ? »
Une concertation à mener au niveau local
Les communes qui vont passer à la semaine de quatre jours et demi dans quelques jours auront pu bénéficier du retour d’expérience des villes pionnières. Espérons que cela leur permettra d’éviter certaines erreurs.
« Cette réforme bouscule les habitudes, mais elle peut réellement bénéficier aux élèves si elle est portée par une municipalité qui y croit et se donne les moyens de construire un vrai projet pédagogique autour, insiste Frédéric Sève du Sgen-CFDT. Tout l’enjeu est d’organiser la prise en charge des enfants d’une manière cohérente toute la journée. Ce travail ne peut se faire qu’au niveau local, par le dialogue et la concertation avec l’ensemble des personnels et des familles. Il est illusoire de penser qu’une directive nationale pourrait dicter la marche à suivre. »
Rentrée scolaire : à la recherche du bon rythme
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